Vendredi 19 avril 2013, place Saint François, à Nice, vers 10 heures. C’est à la limite de la vieille ville, bordure bruyante de boulevards en travaux ; je flâne devant la vitrine alléchante d’une boutique d’ustensiles de cuisine, très intéressé par de petites moules à tarte carrés à fond amovible. Objets rares, j’ai équipé mon appareil photo-téléphonique pour en prendre note quand j’entends derrière moi, très près, un cri : IIIIiiii   ZOP. Ça m’effraie ; je prends tout de même la photographie qu’on voit ici. Après son hurlement, l’homme se tait et file le long du boulevard ; il est petit, noir, très agité (gestes saccadés des bras) et file à petits pas raides.

Vendredi 19 avril 2013, place Saint François, à Nice, vers 10 heures. C’est à la limite de la vieille ville, bordure bruyante de boulevards en travaux ; je flâne devant la vitrine alléchante d’une boutique d’ustensiles de cuisine, très intéressé par de petites moules à tarte carrés à fond amovible. Objets rares, j’ai équipé mon appareil photo-téléphonique pour en prendre note quand j’entends derrière moi, très près, un cri : IIIIiiii   ZOP. Ça m’effraie ; je prends tout de même la photographie qu’on voit ici. Après son hurlement, l’homme se tait et file le long du boulevard ; il est petit, noir, très agité (gestes saccadés des bras) et file à petits pas raides.

Jeudi 18 avril 2013, vers quatre heures, à Nice dans le quartier de la gare, quand on descend vers la vieille ville : un type titube, dans une très complète tenue de cuir, très bariolée de drapeaux, badges, chaînes, fanions et cadenas. Il tangue sérieusement d’un côté à l’autre de son trottoir et éructe très brièvement quleques paroles incompréhensibles. Il est du quartier : quand il passe devant une terrasse, deux jeunes clients se payent sa tête et braillent ‘roaaaakenrollleeeeuh’ à plusieurs reprises. Il répond pareil et leur tape dans la main. Il est ivre ; il marche très voûté. Je l’attend de l’autre côté d’un carrefour et me prépare pour la photographie qu’on voit ici. Il m’aperçoit et me crie : ‘ehhh, cinquante euros la photo, cinquante euros…’ et prend la pose. On s’avance l’un vers l’autre ; je cherche quelques pièces dans mon porte monnaie et lui demande s’il va bien (nombreuses épingles à nourrice dans les joues, lunettes noires, cheveux longs, bruns et coiffés en arrière). Il  me répond : ‘eahhahh, c’est dur pour un vieux keupon…’ et s’embarque dans la rue d’Angleterre.

Jeudi 18 avril 2013, vers quatre heures, à Nice dans le quartier de la gare, quand on descend vers la vieille ville : un type titube, dans une très complète tenue de cuir, très bariolée de drapeaux, badges, chaînes, fanions et cadenas. Il tangue sérieusement d’un côté à l’autre de son trottoir et éructe très brièvement quleques paroles incompréhensibles. Il est du quartier : quand il passe devant une terrasse, deux jeunes clients se payent sa tête et braillent ‘roaaaakenrollleeeeuh’ à plusieurs reprises. Il répond pareil et leur tape dans la main. Il est ivre ; il marche très voûté. Je l’attend de l’autre côté d’un carrefour et me prépare pour la photographie qu’on voit ici. Il m’aperçoit et me crie : ‘ehhh, cinquante euros la photo, cinquante euros…’ et prend la pose. On s’avance l’un vers l’autre ; je cherche quelques pièces dans mon porte monnaie et lui demande s’il va bien (nombreuses épingles à nourrice dans les joues, lunettes noires, cheveux longs, bruns et coiffés en arrière). Il  me répond : ‘eahhahh, c’est dur pour un vieux keupon…’ et s’embarque dans la rue d’Angleterre.

LE CINOQUE HURLEUR DE L’AVENUE DE FLANDRE

Lundi 25 mars 2013, vers deux heures, place de la bataille de Stalingrad, au débouché de l’avenue de Flandre (Paris XIXe arrondissement) : vacarme de métro et de voitures très nombreuses. Je perçois malgré tout des hurlements, des cris incessants, à pleine gorge ; ça vient de l’autre côté de la place, sous la travée du métro aérien, mais pas moyen de distinguer ce que hurle cette voix. Puis ça traverse la place, et vient vers moi : c’est un jeune type, barbu, plutôt blond, parka, demi-chauve, jean ; il avance au mépris du trafic et coupe les files de voitures. Hurlements derechef, sans cesse, incompréhensibles. Ça fait mal pour lui, combien de temps va-t-il pouvoir continuer comme ça, à hurler à pleins poumons, bouche très grande ouverte, menton en avant. Je ne comprends toujours pas ; il remonte l’avenue de Flandre.

Dimanche 24 mars 2013, au métro École Militaire, direction Créteil, vers une heure moins le quart : un type plutôt petit attend sur le quai ; il est vêtu d’un smoking très classique mais défraîchi, cheveux teints, longs et noirs, plaqués de gomina, une fleur rouge à la boutonnière, chemise noire et cravate satinée blanche, épingle à cravate, importantes lunettes noires très enveloppantes, gants noirs, mauvaises chaussures noires mal cirées. Quarante ans, petit embonpoint. Il monte, s’assoit et s’occupe nerveusement à réarranger sa fleur rouge ; sourire des autres voyageurs ; il descend à Invalides.

Dimanche 24 mars 2013, au métro École Militaire, direction Créteil, vers une heure moins le quart : un type plutôt petit attend sur le quai ; il est vêtu d’un smoking très classique mais défraîchi, cheveux teints, longs et noirs, plaqués de gomina, une fleur rouge à la boutonnière, chemise noire et cravate satinée blanche, épingle à cravate, importantes lunettes noires très enveloppantes, gants noirs, mauvaises chaussures noires mal cirées. Quarante ans, petit embonpoint. Il monte, s’assoit et s’occupe nerveusement à réarranger sa fleur rouge ; sourire des autres voyageurs ; il descend à Invalides.

Samedi 23 mars 2013, vers une heure, en remontant la rue Férou (Paris VIe arrondissement), j’avise un vieil homme courbé qui descend vers Saint Sulpice ; il marche lentement et rien ne devrait le signaler à mon attention si ce n’est une imposante croix de métal portée en pendentif. Fait-il partie de cette famille de cinoques souvent rencontrée, celle des ‘pélerins’, les prédicateurs égarés, les illuminés ? Curieux, je ralentis : cheveux ras, courte barbe blanche, chemise, lunettes, costume sombre ; la croix est belle, très ouvragée, mains dans les poches de sa veste, pantalon trop court, chaussures de marche. Au moment où il me croise, je l’entends dire d’une voix sourde et saccadée : ‘…on y va//on y va//lâche ça…’ : je le suis ; il cesse de parler quand d’autres passants arrivent à sa hauteur. Le cinoque pélerin entre à Saint Sulpice et prend, sans changer d’allure, l’allée centrale : signe de croix rapide devant l’autel. Puis il entre dans la sacristie, sur la droite, petite porte ; il y est bien accueilli d’un sourire familier qui lui demande des nouvelles ; il prend le temps de répondre (je ne distingue pas ce qu’il dit) et reste planté un court instant devant la très aimable gardienne à qui il semble familier. Mais je le perd de vue très rapidement : il s’est glissé par une porte basse que je n’avais pas vue ; cette porte est vitrée, je vois donc mon cinoque qui s’éloigne dans un long couloir où il déambule plus lentement ; il a relevé la tête.

Samedi 23 mars 2013, vers une heure, en remontant la rue Férou (Paris VIe arrondissement), j’avise un vieil homme courbé qui descend vers Saint Sulpice ; il marche lentement et rien ne devrait le signaler à mon attention si ce n’est une imposante croix de métal portée en pendentif. Fait-il partie de cette famille de cinoques souvent rencontrée, celle des ‘pélerins’, les prédicateurs égarés, les illuminés ? Curieux, je ralentis : cheveux ras, courte barbe blanche, chemise, lunettes, costume sombre ; la croix est belle, très ouvragée, mains dans les poches de sa veste, pantalon trop court, chaussures de marche. Au moment où il me croise, je l’entends dire d’une voix sourde et saccadée : ‘…on y va//on y va//lâche ça…’ : je le suis ; il cesse de parler quand d’autres passants arrivent à sa hauteur.
Le cinoque pélerin entre à Saint Sulpice et prend, sans changer d’allure, l’allée centrale : signe de croix rapide devant l’autel. Puis il entre dans la sacristie, sur la droite, petite porte ; il y est bien accueilli d’un sourire familier qui lui demande des nouvelles ; il prend le temps de répondre (je ne distingue pas ce qu’il dit) et reste planté un court instant devant la très aimable gardienne à qui il semble familier. Mais je le perd de vue très rapidement : il s’est glissé par une porte basse que je n’avais pas vue ; cette porte est vitrée, je vois donc mon cinoque qui s’éloigne dans un long couloir où il déambule plus lentement ; il a relevé la tête.

Samedi 23 mars 2013, vers midi, sur le Pont Neuf (Rive droite>gauche : donc côté gauche), beau temps. je double un vagabond à fort bagage, manteau sombre et bonnet de montagne. Rien à signaler sauf : quand je passe à sa hauteur, j’entends cette liste de noms, prononcée à voix haute : Sharon Stone, Claudia Cardinale, Demi Moore…et d’autres encore, que je n’ai pas compris, dont je ne me souviens pas au moment de noter (quelques instants plus tard). Mais, toutes des femmes, des stars. Je m’arrête pour mes notes, puis fait demi-tour : il s’agit d’une jeune femme, maintenant accoudée au parapet, tournée vers le fleuve. Elle continue à psalmodier ses noms de femmes, et compte sur ses doigts : effet de scansion ; elle reparle de Demi Moore. Il me semble que, hors liste, elle parle espagnol.

Samedi 23 mars 2013, vers midi, sur le Pont Neuf (Rive droite>gauche : donc côté gauche), beau temps. je double un vagabond à fort bagage, manteau sombre et bonnet de montagne. Rien à signaler sauf : quand je passe à sa hauteur, j’entends cette liste de noms, prononcée à voix haute : Sharon Stone, Claudia Cardinale, Demi Moore…et d’autres encore, que je n’ai pas compris, dont je ne me souviens pas au moment de noter (quelques instants plus tard). Mais, toutes des femmes, des stars. Je m’arrête pour mes notes, puis fait demi-tour : il s’agit d’une jeune femme, maintenant accoudée au parapet, tournée vers le fleuve. Elle continue à psalmodier ses noms de femmes, et compte sur ses doigts : effet de scansion ; elle reparle de Demi Moore. Il me semble que, hors liste, elle parle espagnol.

Samedi 23 mars 2013, vers dix heures et demi, à la grande entrée du métro Les Halles (Paris 1er), un vieil homme avance courbé, très voûté ; il est barbu, cheveux longs, petit. Il tire une imposante valise à roulettes ; il porte un cabas qui l’encombre. Il hésite et butte sur les rainures fines du pavage ; il s’applique à bien poser les pieds hors-la-ligne. Quand il échoue :  retour en arrière, reflux, et tentative nouvelle. Gène amusante (mais pas amusée) de la foule nombreuse qui se dirige vers la grande entrée du centre commercial. Temps doux et pluvieux.

Samedi 23 mars 2013, vers dix heures et demi, à la grande entrée du métro Les Halles (Paris 1er), un vieil homme avance courbé, très voûté ; il est barbu, cheveux longs, petit. Il tire une imposante valise à roulettes ; il porte un cabas qui l’encombre. Il hésite et butte sur les rainures fines du pavage ; il s’applique à bien poser les pieds hors-la-ligne. Quand il échoue :  retour en arrière, reflux, et tentative nouvelle. Gène amusante (mais pas amusée) de la foule nombreuse qui se dirige vers la grande entrée du centre commercial. Temps doux et pluvieux.

Mardi 19 mars 2013, vers six heures et demi, au métro Saint Paul (Paris IVe), sous une pluie fine et capricieuse : tout contre le kiosque situé près de la bouche du métro, foule affairée et une curieuse silhouette vociférante : je m’approche : elle se tient sur un pied, l’autre replié contre un lampadaire. Echarpes, capuches, jupe et collants noirs, chargée de sacs et d’une valise à roulettes. Elle crie, bouche très grande ouverte : hhha haaa, HayHay, DaDaaa HaHaa et reprend au début, sans cesse, d’un ton de prédicatrice allumée, psalmodiante. Elle agite un bras. Quand je m’éloigne pour prendre la photographie qu’on voit ici, je note une différence : elle se tient sur ses deux jambes, mais n’a pas arrêté de crier.

Mardi 19 mars 2013, vers six heures et demi, au métro Saint Paul (Paris IVe), sous une pluie fine et capricieuse : tout contre le kiosque situé près de la bouche du métro, foule affairée et une curieuse silhouette vociférante : je m’approche : elle se tient sur un pied, l’autre replié contre un lampadaire. Echarpes, capuches, jupe et collants noirs, chargée de sacs et d’une valise à roulettes. Elle crie, bouche très grande ouverte : hhha haaa, HayHay, DaDaaa HaHaa et reprend au début, sans cesse, d’un ton de prédicatrice allumée, psalmodiante. Elle agite un bras. Quand je m’éloigne pour prendre la photographie qu’on voit ici, je note une différence : elle se tient sur ses deux jambes, mais n’a pas arrêté de crier.

Mardi 19 mars 2013, vers midi dix, rue des Archives (Paris IIIe), par temps doux : à califourchon sur un banc, face au très large trottoir, une femme, grosse, en haillons, voix claire et engageante, agréable, me demande : ’ une petite pièce, monsieur ?…’ Puis enchaîne, pour elle même, avec une drôle de phrase embrouillée, toujours de sa voix chantante. Je m’assois sur le banc d’à côté pour essayer de comprendre. N’y parviens pas. Un passant prépare une pièce et lui donne en souriant ; elle répond à son sourire ; elle ne dit plus rien.

Mardi 19 mars 2013, vers midi dix, rue des Archives (Paris IIIe), par temps doux : à califourchon sur un banc, face au très large trottoir, une femme, grosse, en haillons, voix claire et engageante, agréable, me demande : ’ une petite pièce, monsieur ?…’ Puis enchaîne, pour elle même, avec une drôle de phrase embrouillée, toujours de sa voix chantante. Je m’assois sur le banc d’à côté pour essayer de comprendre. N’y parviens pas. Un passant prépare une pièce et lui donne en souriant ; elle répond à son sourire ; elle ne dit plus rien.

LA CINOQUE FANTOMATIQUE DE LA PLACE SAINT AMBROISE

Lundi 18 mars 2013, vers sept heures et demi, je sors de chez Koffi et Sylvie où je viens de pousser enfin ma grosse valise provinciale ; je vais chercher mon journal au kiosque de la place Saint Ambroise (Paris XIe) situé près de l’entrée du métro quand je croise le petit fantôme déjà rencontré au même endroit au début de l’hiver : écharpe encapuchonnante et salie, pantalon sombre, gros sac de plastique, mauvaises chaussures ; allure saccadée et imprévisible, s’arrête au moment de traverser une petite rigole formée dans le trottoir (petite pluie), et courte danse de part et d’autre. Arrêt bref, et tour de la placette. Quand la petite silhouette relève la tête, je note qu’il s’agit d’une jeune femme au grand nez et aux cheveux blancs. J’ai fait demi-tour pour la suivre et ça ne lui échappe pas : elle va tête baissée et voilée de son écharpe, mais elle reste très attentive et alerte.